Les dispositifs pour inhalation utilisés dans l’asthme et la BPCO peuvent être des sources importantes d’émission de gaz à effet de serre et contribuer au changement climatique.
Le choix du traitement et du dispositif doit se faire en fonction des besoins et des caractéristiques du patient. Ensuite, autant que possible, il est conseillé de choisir un dispositif avec un faible impact climatique.
Le CBIP mentionne maintenant dans le répertoire, au niveau des spécialités, celles contenant les gaz les plus polluants.

Changement climatique et enjeux pour la santé

Les questions liées au changement climatique sont depuis plusieurs années devenues incontournables. Elles font désormais partie de notre quotidien, et nous amènent à modifier nos façons de vivre.
Le domaine médical est largement concerné.
D’une part, le changement climatique a des impacts sur la santé humaine. Selon l’Organisation mondiale des médecins généralistes (WONCA)1 et le Lancet2, ces changements ont des conséquence déjà visibles pour la santé humaine : l’augmentation de la morbi-mortalité cardiovasculaire et respiratoire, des maladies infectieuses, de la malnutrition et la dégradation de la santé mentale (voir aussi graphique ci-dessous).
L’OMS appelle d’ailleurs à agir3 urgemment pour protéger la santé.

L’empreinte climatique du secteur de la santé. Health Care Without Harm. Rapport vert numéro 1. Septembre 2019.

D’autre part, l’activité médicale a un impact négatif sur le climat. Selon le rapport du Lancet « Countdown on health and climate change », le secteur des soins de santé était responsable de 4 à 6 % des émissions de gaz à effet de serre en 2017 (environ 2 gigatonnes de CO2), principalement dues à la chaîne d’approvisionnement (production, transport et traitement des biens et services, y compris les médicaments)2,4,5.
 
Comment, à notre niveau, pouvons-nous agir pour diminuer cet impact ?
Dans cet article, nous abordons plus précisément la question des dispositifs pour inhalation utilisés dans l’asthme et la BPCO.

Impact des dispositifs à inhalation sur le changement climatique

Les dispositifs à inhaler libèrent leur principe actif de différentes façons.
Pour les solutions ou suspensions pour inhalation en flacon pressurisé, le principe actif est libéré sous forme d’aérosol créé par nébulisation. Cette nébulisation est réalisée à l’aide de gaz propulseurs ou par énergie mécanique.
Pour les poudres à inhaler, l’aérosol est généré par la force de l’inspiration du patient.

L’empreinte carbone de ces différents modes de propulsion se répartit comme suit, avec des exemples comparatifs :

  • < 1kg CO2 par inhalateur pour les poudres à inhaler et les aérosols à libération mécanique (Respimat®)

  • 1-20kg CO2 par inhalateur pour les aérosols doseurs contenant le gaz propulseur HFA134a, ce qui correspond à un trajet de 50 à 120 km pour une voiture roulant au diesel.

  • >20kg CO2 par inhalateur pour les aérosols doseurs contenant le gaz propulseur HFA227ea ou le gaz HFA134a en grande quantité, ce qui correspond à un trajet de 185 km pour une voiture roulant au diesel.6,7

Sur base de ces données, il est conseillé de donner la préférence aux poudres à inhaler ou aux dispositifs à libération mécanique.
Cependant, les conditions du patient ne laissent pas toujours le choix. L’utilisation efficace des poudres à inhaler nécessite une forte inhalation. Ceci n’est pas toujours possible, notamment chez les personnes âgées ou dont la fonction respiratoire est altérée, ou chez les enfants de moins de 5 ans.
De plus, tous les bronchodilatateurs et corticostéroïdes à inhaler ne sont pas disponibles aux formes les plus écologiques.

Tableau des dispositifs pour inhalation selon leur impact écologique (situation au 26 mai 2023)

  < 1kg CO2 par inhalateur 1-20kg CO2 par inhalateur >20kg CO2 par inhalateur
β2-mimétiques à courte durée d’action (SABA)
salbutamol Novolizer Salbutamol Airomir Autohaler Ventolin
β2-mimétiques à longue durée d’action (LABA)
formotérol Foradil
Formagal
Novolizer Formotérol
Formoair  
indacatérol Onbrez    
olodatérol Striverdi Respimat    
salmétérol Serevent Diskus Serevent Evohaler  
Anticholinergiques à courte durée d’action (SAMA)
ipratropium   Atrovent HFA  
Anticholinergiques à longue durée d’action (LAMA)
aclidinium Bretaris Genuair    
glycopyrronium Seebri Breezhaler    
tiotropium Spiriva Respimat
Spiriva Handihaler
Srivasso Handihaler
   
uméclidinium Incruse Ellipta    
SAMA + SABA
ipratropium + fénotérol   Duovent HFA  
LAMA + LABA
aclidinium + formotérol Duaklir Genuair    
glycopyrronium + indacatérol Ultibro Breezhaler    
tiotropium + olodatérol Spiolto Respimat
Yanimo Respimat
   
uméclidinium + vilantérol Anoro Ellipta    
Corticostéroïdes inhalés (CSI)
béclométasone   Qvar Autohaler  
budésonide Budesonide Easyhaler
Miflonide Breezhaler
Novolizer Budesonide
   
fluticasone Flixotide Diskus Flixotide flacon pressurisé  

 

  < 1kg CO2 par inhalateur 1-20kg CO2 par inhalateur >20kg CO2 par inhalateur
LABA + CSI
formotérol + budésonide Airbufo Forspiro
Bufomix Easyhaler
Symbicort Turbohaler
  Symbicort flacon pressurisé
formotérol + béclométasone Inuvair Nexthaler Inuvair flacon pressurisé  
formotérol + fluticasone     Flutiform
indacatérol + mométasone Atectura Breezhaler    
salmétérol + budésonide Zephirus    
salmétérol + fluticasone Aiflusal Forspiro
Flutisamix Easyhaler
Seretide Diskus
Flutisacombo
Seretide flacon pressurisé
 
fluticasone + vilantérol Relvar Ellipta    
LABA + LAMA + CSI
formotérol + glycopyrronium + budésonide   Trixeo Aerosphere  
formotérol + glycopyrronium + béclométasone Trimbow Nexthaler Trimbow flacon pressurisé  
indacatérol + glycopyrronium + mométasone Enerzair Breezhaler    
vilantérol + uméclidinium + fluticasone Trelegy Ellipta    

Si on veut réduire l’impact sur le climat des traitements utilisés, il faut avant toute chose que la pathologie et les symptômes du patient soient sous contrôle, donc s’assurer que le patient reçoit le traitement qui convient pour sa pathologie et qu’il l’utilise correctement.
Et ensuite, si possible, choisir le dispositif le plus écologique.

Conclusion

Le monde médical doit aussi s’adapter aux défis liés au changement climatique.
Le CBIP informera désormais aussi sur l’impact climatique des médicaments s’il y a des données pertinentes et proposera, dans la mesure du possible, des conseils pratiques.
Les dispositifs pour inhalation, utilisés pour des pathologies très fréquentes, ont un impact climatique qu’il est possible de limiter. La priorité est de donner au patient le traitement qui lui convient, et, dans la mesure du possible, choisir le dispositif le moins polluant.

Sources

Declaration calling for family doctors of the world to act on planetary health. WONCA September 2019.
The 2020 report of the Lancet Countdown on health and climate change: responding to converging crises. Lancet 2021; 397: 129-70. 
https://www.thelancet.com/action/showPdf?pii=S0140-6736%2820%2932290-X 
https://www.who.int/news/item/06-04-2022-who-urges-accelerated-action-to-protect-human-health-and-combat-the-climate-crisis-at-a-time-of-heightened-conflict-and-fragility
4 Décarboner la santé pour soigner durablement. TSP Santé 2021
5 L’empreinte climatique du secteur de la santé. Health Care Without Harm. Rapport vert numéro 1. September 2019.

6 KISS: Green Inhaler Prescribing. NB Medical Education Feb 2021.
7 Asthma inhalers and climate change. NICE Guidance ng80. Maart 2021.